Tout est Vanité

 

Concert

Effectif total 5 chanteurs et 8 instrumentistes
Effectif instrumental 2 violons, 1 viole, 1 lirone, 1 clavecin, 1 orgue, 1 théorbe, 1 harpe

Textes Jean AUVRAY, Jean de La FONTAINE, Pierre de RONSARD, Jean de SPONDE, Vladimir JANKELEVITCH, Raymond QUENEAU

Les Cris de Paris
Direction Geoffroy JOURDAIN
Mise en scène et comédien Benjamin LAZAR

« Vanité des vanités, tout est vanité ». Cet aphorisme extrait de L’Ecclésiaste sert de fil rouge à ce spectacle de théâtre musical des Cris de Paris.

Le Chœur reprend là un thème artistique récurrent. Des natures mortes de l’époque baroque, justement intitulées Vanités, aux oratorios et cantates du XVIIe siècle, en passant par la littérature, les artistes ne cessent de rappeler à leurs semblables la fragilité de leur existence et la vacuité de leurs entreprises.

Pour ajouter leur pierre à l’édifice, Les Cris de Paris ont confié au talentueux Benjamin Lazar, fondateur du Théâtre de l’Incrédule, metteur en scène et comédien spécialiste du théâtre baroque, le soin de porter les textes de Ronsard, La Fontaine mais aussi de Queneau et Jankélévitch. A ses côtés, cinq chanteurs et huit instrumentistes, sur des musiques de Carissimi, Monteverdi ou Rossi, donnent de la voix pour prouver que la mort peut avoir de l’humour. Car si, comme à Rome, il faut se souvenir que la mort est proche, n’est-ce pas pour mieux jouir des plaisirs éphémères de la vie ?

Note d’intention

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, Vanité des vanités, tout est vanité.
Le thème de la vanité, si tant d’exemples nous prouvent qu’il a toujours été propre à la réflexion artistique, trouve une pertinence toute particulière à la croisée des conceptions philosophiques
et esthétiques des XVIe et XVIIe siècles, en un temps où s’effondrent les certitudes sur
la conception de l’Homme et de l’Univers.
L’avènement du règne du raisonnement scientifique, que la pensée humaniste a sans le savoir amorcé, n’est plus qu’une question de temps ; l’artiste dispose sous un éclairage nouveau
le questionnement du sens de la vie. Avec la vanité, notamment en peinture, l’objet artistique devient son propre sujet : il traite du caractère trompeur de toute représentation, et se présente comme la parfaite stigmatisation du vice de la satisfaction esthétique.
Il est intéressant de constater que deux importantes sources d’innovation picturale de l’époque sont conjointement la Vanité et l’autoportrait. C’est autour du visage, ou du crâne, comme un miroir offert à l’incertain et à l’éphémère, que s’organise la vanité en peinture : ils offrent une image
de soi-même, positionnent l’artiste dans son temps.

L’œuvre renvoie à celui qui la conçoit comme à celui qui l’observe, reflet de sa propre condition.
Ainsi, si « tout est vanité » comme nous le dit l’Ecclésiaste de l’Ancien Testament, l’œuvre d’art,
et seulement l’œuvre d’art, saura remplir sa fonction de «buée / souffle / fumée / vent / bulle d’air» (sens possibles de la racine hébraïque HBL, que le filtre des traductions a changé en «Vanité»)
car elle est par essence ce qu’elle se fixe pour objectif de signifier.
Le programme de ce concert donne à entendre certaines des œuvres les plus significatives
de cette pensée, élaborées dans la Rome catholique de la famille Barberini de la première moitié du XVIIe Siècle.

Une exquise tromperie

Au début du XVIIe siècle, suivant les préceptes de Saint Philippe Neri, fondateur de La Congrégation de l’Oratoire, l’oratorio signifie à la fois un lieu de prière et l’exercice spirituel que l’on y pratique : prières, laudi, sermons, sermons en musique, en langue italienne plutôt qu’en latin, dans des salles de prières plutôt que dans les églises. Ainsi les deux «cantates morales»
de Luigi Rossi (ca.1597-1653) étaient conçues pour encadrer un sermon, dans un oratoire comme celui de la Chiesa Nuova, ou celui de San Marcello, très certainement pendant l’un des Carêmes des années du pontificat d’Urbain VIII (1623-1644).
Il faut croire qu’à l’époque, en ce qui concernait ses intentions, l’Eglise catholique ne s’embarrassait guère de feindre : Orazio Griffi, dans une préface où il vante les mérites de Saint Philippe Neri, souligne l’éclat de la pensée de celui qui conçut l’Oratoire comme le moyen de «tirare con un dolce inganno i peccatori agli esercizi santi dell’oratorio», c’est-à-dire à «attirer par une exquise tromperie [la musique], les pécheurs aux exercices saints de l’oratoire».

À l’image des sermons dont elles étaient en quelque sorte les «produits d’appel» – d’autant plus efficaces que les opéras étant interdits à Rome, les oratorii permettaient d’entendre malgré tout
les chanteurs, et en particulier les castrats de la chapelle privée du Pape – ces œuvres attribuées
à Luigi Rossi, mais parfois aussi à Marc Antonio Pasqualini, basées sur des textes de Giovanni Lotti, et recopiées par mes soins à la Bibliothèque du Vatican, exhortent le «misérable mortel»
à se tourner vers Dieu en renonçant aux plaisirs terrestres et à la possession matérielle.
Dans cette Cité Romaine où les vestiges du passé nous rappellent sans cesse le Memento mori (souviens que tu vas mourir), les artistes étaient au contact permanent des ressources les plus singulières pour exprimer la pensée de leur époque, l’émergence du «je» et de l’individu.

Geoffroy Jourdain

Giacomo CARISSIMI (1605-1674)
Vanitas vanitatum, pour deux sopranos, deux violons et continuo

Anonyme – Stefano LANDI (1587-1639) ?
Passacalli della vita (1677) pour voix et continuo

Luigi ROSSI (1597-1653)
Un peccator pentito – extraits de Disperar di se stesso et La Cecità, cantates morales pour deux sopranos, deux ténors, basse, deux violons et continuo

Claudio MONTEVERDI (1587-1643)
Selva morale e spirituale – extraits
. Chi vol che m’innamori, pour deux ténors, basse, deux violons et continuo
. E questa vita un lampo, pour deux sopranos, deux ténors, basse
. O ciechi il tanto affaticar che giova, pour deux sopranos, deux ténors, basse, deux violons et continuo
. Voi ch’ascoltate in rime sparse, pour deux sopranos, deux ténors, basse, deux violons et continuo

 

Durée : 1h30

Prochaine date :

Auditorium du Louvre-Lens
Samedi 3 juin 2016

Dates passées :

Festival de musique baroque de Pontoise
Dimanche 20 septembre 2015

Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Vendredi 3 avril 2015

Cité de la musique (Philharmonie de Paris) – Paris
Samedi 26 janvier 2015

 
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