Mare Nostrum

 

Un Voyage en Méditerranée

Effectif total 33 chanteurs et 5 instrumentistes
Effectif instrumental 1 clavecin, 1 violone, 1 contrebasse, 1 basson, 1 orgue

Les Cris de Paris
Direction Geoffroy JOURDAIN

Les Cris de Paris proposent la rencontre de musiques d’époques et de styles contrastés. Beaucoup de points de vue n’amèneraient pas d’emblée à les rapprocher mais elles convergent ici par une poétique du voyage et se croisent, le temps d’un concert, dans cet espace des métissages qu’est la Méditerranée, la « mer au milieu des terres ».
Dans ce sens, les Italiens Salomone Rossi (ca 1570–1630) et Domenico Scarlatti (1685-1757), les Libanais Zad Moultaka (né en 1967), Assi (1923-1986) et Mansour Rahbani (1925-2009), le Français Jean-Louis Florentz (1947-2004) ont tous quitté un instant les automatismes d’une culture quotidienne pour régénérer leur écriture au contact d’un ailleurs. Et leurs parcours personnels respectifs les ont menés au confluent d’un authentique métissage, les révélant pour certains dans leur véritable personnalité musicale.

C’est ainsi que le napolitain Domenico Scarlatti, d’origine sicilienne, partit au Portugal puis en Espagne pour y graver les fulgurances de ses sonates pour clavier.
Que Salomone Rossi Ebreo, comme il lui plut de se nommer, assuma sa judéité en écrivant une série de psaumes en hébreu dans un style vocal typique du premier baroque italien.
Qu’Assi et Mansour Rahbani, chantres de la grande chanteuse libanaise Fairouz, allièrent dans leurs chansons tradition arabe et ouverture sonore vers l’occident.
Que Jean-Louis Florentz façonna sa musique à la lumière des liturgies éthiopiennes observées en Afrique, mais également à Jérusalem.
Et qu’enfin, Zad Moultaka chemine du soleil natal aux brumes parisiennes, et vice-versa.

Le Stabat Mater, composée par Domenico Scarlatti en 1724, est souvent considéré comme une œuvre de « jeunesse » puisque la composition des 555 sonates pour clavier, somme de la haute maturité du compositeur, ne fut amorcée qu’après 1730. Large structure habilement contrastée, ce Stabat à 10 voix et basse continue entrelace contrepoint ancien et nouveau style, métissage symptomatique du stile misto si caractéristique des années 1720. Scarlatti fait preuve dans ce premier chef-d’œuvre d’une grande virtuosité d’écriture, dans un déroulement dramatique expressif qui nous rappelle qu’il est bien le fils d’un des plus grands compositeurs d’opéras de son temps.
Actif de 1587 à 1628 à la cour de Mantoue où il côtoya entre autres Claudio Monteverdi, Salomone Rossi fut chanteur, violoniste et compositeur mais c’est particulièrement pour sa musique vocale synagogale qu’il reste aujourd’hui dans les mémoires. Vraisemblablement composé à l’intention de la Synagogue du ghetto de Venise, le Psaume 8 Lamnatseach incarne la langue d’Abraham dans une vocalité moderne, influencée par l’écriture à 5 voix du madrigal, ce qui était particulièrement osé dans le cadre d’un culte qui interdisait toute harmonisation du chant. Pourtant, ce type de métissage musical contribua à faire évoluer les mentalités, particulièrement dans les ghettos juifs de Mantoue, Venise et Ferrare.
Nahna wil kamar jeeraan, une des grandes chansons interprétées par Fairouz, est ici adaptée pour chœur a cappella. Passant d’un soliste à l’autre dans une atmosphère nocturne, cet arrangement tente par le biais de l’outil choral de « désoccidentaliser » la musique déjà métissée des frères Rahbani en inscrivant ce beau thème dans la trame entêtante d’un Qâwallî pakistanais.
Composé à l’intention des Jeux Olympiques d’Alberville en 1992, Asmarâ de Jean-Louis Florentz revivifie le texte du Psaume 8 à la manière d’un Melt’ân, procédé typique de la liturgie éthiopienne qui consiste à répéter ce texte sur l’air d’un autre. Les sonorités si particulières du Ge’ez, langue liturgique ancestrale qui est la seule à posséder son alphabet et son écriture propre dans tout le continent africain, permettent au compositeur d’explorer des couleurs et des textures inédites dans le répertoire choral contemporain.
Le chant des sirènes qu’interpelle Ligea de Zad Moultaka fait basculer un Ulysse, toutes oreilles ouvertes, au beau milieu d’une urbanité stridente (I, Phthoggos), solitaire (II, Op’s) puis rituelle (III, Aïode). Ces sirènes se font tout d’abord signaux, dangers, urgences pour se résorber ensuite dans une voix seule, à la perception dérangeante, qui balbutie, geint et s’envole comme une saeta espagnole jetée d’un balcon vers le cœur de celui qui écoute. In fine, trois processions aux temporalités distinctes se croisent, presque avec indifférence, provoquant une émotion sonore particulièrement éloquente.

Vincent Manac’h

Domenico SCARLATTI (1685-1757)
Stabat Mater (1724)

Salomone ROSSI (ca 1570-1630)
Lamnatseach (psaume 8) (année)

Jean-Louis FLORENTZ (1947-2004)
Asmarâ (psaume 8) (1992)

Assi RAHBANI (1923-1986) et Mansour RAHBANI (1925-2009)
Nahna wil amar jiran, adaptation de Vincent Manac’h (né en 1973) (commande 2009 des Cris de Paris)

Zad MOULTAKA (né en 1967)
Ligea (commande 2009 de France Festivals)

Durée : 1h30

Production Les Cris de Paris
La pièce Ligea a été commandée en 2009 par France Festivals. Le programme Mare Nostrum – Voyage en Méditerranée a bénéficié d’un soutien spécifique de l’Onda, de l’Adami et de la Sacem.

 
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