Babel

 

Concert

Effectif total 13 chanteurs, 5 instrumentistes

Les Cris de Paris
Direction Geoffroy JOURDAIN
Chœur Master 95 2010-2011
Ensemble Linea
Direction Jean-Philippe WURTZ 
et les voix enregistrées des enfants de l’Abbaye aux enfants scolaires 2010-2011

La création de Vincent Manac’h est écrite pour plusieurs chœurs spatialisés, cinq instrumentistes et un chœur « virtuel » de voix d’enfants transformées par ordinateur. Il s’agit d’une œuvre sans texte qui s’appuie sur la thématique poétique de Babel, en proposant par « extension » une disposition éclatée des interprètes afin d’explorer des perceptions nouvelles du phénomène sonore. Babel est un prolongement des œuvres du grand répertoire choral du XXe siècle composées sur onomatopées.

Un projet compositionnel réunissant un compositeur – Vincent Manac’h – un chœur professionnel – Les Cris de Paris – un chœur amateur – le Chœur Master du Val d’Oise – un ensemble instrumental professionnel – l’Ensemble Linea – un Centre de Création – La Muse en Circuit – et trois institutions du Val d’Oise – l’Abbaye de Royaumont, la Mairie de Gonesse, le Rectorat.

Note d’intention :

La diversité des exécutants appelés à participer au projet Babel peut être synonyme d’hétérogénéité : six classes d’écoles élémentaires de Gonesse et de Fosse, un chœur master 95 réunissant pour l’événement des chanteurs amateurs de multiples horizons, cinq musiciens de l’ensemble Linea et douze chanteurs des Cris de Paris, tous deux en résidence à l’abbaye de Royaumont.

Mais elle me semble justement passionnante lorsqu’on l’agence à la poétique de ce projet : Babel, c’est-à-dire justement la diversité, éclatée dans sa pluralité (chanteurs, instrumentistes, enfants, amateurs, professionnels), dans l’espace de sa réalisation (spatialisation des effectifs, musique acoustique, musique enregistrée), mais rassemblée par l’écriture.

Le point subtil et délicat à préciser dès maintenant est la spécificité propre à deux projets, Babebibobu et Babel, et l’ensemble commun où ils se réunissent.

D’un côté, une thématique de concert de « voix sans texte » destinée à prolonger les travaux effectués auprès de certains classes d’écoles élémentaires par des intervenants issus des Cris de Paris, sous la forme de concerts en mai 2011 où douze chanteurs déclineront des musiques Ohne Worte dans un axe pédagogique ou plus largement ouvert à tout public, enfants comme adultes.

De l’autre, une œuvre musicale « plurielle », telle que j’ai pu l’évoquer plus haut, « prolongeant ce prolongement » par des concerts spatialisés, entre autres à l’abbaye de Royaumont, en septembre 2011.

Il y a donc d’une part un projet pédagogique et de l’autre une commande musicale. Et l’ensemble commun diffuserait à l’action pédagogique quelques paroles diffractées de Babel que les enfants travailleront, inventeront selon les directives du compositeur et peut-être même écriront.

Ces bribes d’œuvre, par définition « babélisées », seront ensuite enregistrées lors d’une résidence des enfants à Royaumont au printemps 2011. Ensuite elles seront peut-être interprétées en direct, de la salle, lors des concerts d’avril et de mai évoqués tout à l’heure puis réinventées du point de vue sonore sous la forme d’un support enregistré et « déformé » pour être injectées aux multitudes en présence lors des concerts de septembre 2011.

Une des principales caractéristiques de cette œuvre se résumerait donc pragmatiquement et poétiquement par l’éclatement de la parole. Dans ce sens, il me semble intéressant de bouleverser le cadre traditionnel du concert et cela de plusieurs points de vue :

Tout d’abord l’espace, en disposant les groupes musicaux à différents emplacements qui casseraient une traditionnelle perception frontale du public. Une des ossatures de Babel est le bouleversement de la perception qui sera, peut-être, la source de terrains acoustiques vierges pour certaines personnes. Bien entendu, rien de nouveau : le chant des Psaumes au Temple de Salomon, toute la musique italienne de Cori spezzatti, Berlioz, et, plus proches de nous, Dalbavie, Nunes et tant d’autres… ont abordé la question de la spatialisation. Mais cet éclatement spatial cheminerait de pair avec un déroulement particulier du concert, afin que le temps particulier où la musique s’inscrit soit en adéquation avec l’espace, physique et poétique. A ce titre, les différentes œuvres qui composeront ce concert ne seraient pas interprétées les unes après les autres de manière compartimentée mais intégrées à Babel qui serait à la fois écrin de l’Alphabet de Ligeti, de Non-Dit d’Hurel, des Syllabes mouvementées de Kopelent, des Mountains Nights de Kodály, ou de Peaches en Regalia de Zappa, mais également leurs prémonitions, leurs prolongements, leur aboutissement.

Babel se composerait en différents moments de musiques formant autant de matières organiques qui attacheraient Ligeti à Zappa, Hurel à Kodály, jouant sur les contrastes et les vases communicants.

Dans la sphère un peu irréelle du compositeur, j’imagine le public par exemple disposé sur les terrasses dominant le cloître de l’Abbaye de Royaumont. De ce point de vue, les sources sonores surgiraient du lointain de la cuisine du réfectoire ou du porche d’entrée de l’Abbaye (sources aveugles!) ou d’un côté des quatre allées du cloître pour finalement rassembler in fine toutes les composantes sonores (et tous les musiciens) dans ces quatre allées.

Nous parlions avec Geoffroy Jourdain d’une Tour de Babel inversée : ce n’est plus une parole unique brisée dans la multiplicité de l’incompréhension mais un verbe finalement rassemblé dans « l’espace musique ».

Un paramètre auquel je tiens beaucoup et que je n’ai pas encore évoqué pour le moment est le lien avec la musique du monde et plus précisément le Ketjac balinais ou les polyrythmies des Banda-Linda d’Afrique Centrale.

En réunissant la diversité qui forme également la richesse de la Fondation Royaumont (le chœur master, l’action pédagogique auprès des écoles, deux ensembles en résidence), je trouverais formidable d’impliquer Frédéric Deval et son département des Musiques Orales et Improvisées en prévoyant en amont dans la saison 2010-2011 un atelier autour du Ketjac ou du Hoquet africain. Nous pourrions inciter par exemple des parents d’élèves en lien avec le projet ou des chanteurs des Cris de Paris (différents des 12 chanteurs  Babebibobu) à participer à cet atelier. Ainsi, la parole rassemblée au Babel auquel nous aboutirions à la fin du concert pourrait insérer à sa trame un ketjac simple auquel le public lui-même pourrait participer, menant à son acmé notre poétique de Babel inversé.

Vincent Manac’h

Vincent MANAC’H (né en 1973)
Babel – création

Philippe HUREL (né en 1955)
Non-dit

Iannis XENAKIS (1922-2001)
Nuits pour 12 voix a cappella (1967)

Ivan FEDELE (né en 1953)
Cristaux de temps (extraits) (2010)

Wolfgang RIHM (né en 1952)
Mit geschlossenem Mund (1982)

 

Durée : 1h10

Production Les Cris de Paris

Coproduction Fondation Royaumont, La Muse en Circuit, Centre national de création musicale, l’Adiam Val d’Oise et la Ville de Gonesse, dans le cadre de l’Abbaye aux enfants scolaires 2010-2011

 
éléments-crisdeparis-17